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Alors je coupe, coupe, coupe

Par Yves Lavoie • 6 nov, 2008 • Catégorie: Vie à l'UQAM

Peu de programmes de l’UQAM ont vu se concrétiser la menace du couperet administratif dénoncée l’hiver dernier par les associations étudiantes. Mais parmi les quelques programmes abolis, on compte la concentration en musicothérapie, la seule de ce genre dans la province.

Cela ne semble toutefois pas contrarier l’Association québécoise de musicothérapie (AQM). Au contraire. « C’est une bonne chose que ce baccalauréat soit coupé », lance Guylaine Vaillancourt. Selon la présidente de l’AQM, l’association désire la fermeture de la formation en musicothérapie à l’UQAM depuis plusieurs années, puisqu’elle ne répondait pas à leurs exigences. L’AQM avait fait des recommandations à cet effet à l’UQAM lors d’une consultation sur le programme au début des années 2000.

Elle souhaite que le programme, jadis donné au baccalauréat, soit plutôt offert à la maîtrise. « Cette profession étant une forme de psychothérapie, il faut être adéquatement formé, explique Mme Vaillancourt. Le baccalauréat était plutôt une introduction. La maîtrise va élever le niveau de tout le monde à celui des autres arts thérapeutes qui sont tous formés au deuxième cycle universitaire. » Les étudiants atteindraient le niveau théorique permettant les thérapies de reconstruction, qui font appel au subconscient. L’internat d’un an, requis pour être accrédité par l’Association de musicothérapie du Canada, pourrait également être inclus dans la formation académique de cycle supérieur. Ce n’était pas le cas avec l’ancien programme.

La fermeture de la concentration en musicothérapie s’est opérée lors de la réforme du baccalauréat en musique. Fortement déficitaire, il est passé de cinq concentrations à seulement trois. « Dans l’administration (de l’UQAM), le verbe « fermeture » est rarissime. Mais ça arrive quand une situation ne s’améliore pas après des années et des années », indique André Bourret, directeur du Bureau de l’enseignement et des programmes. Le programme de musicothérapie affichait depuis longtemps des taux d’inscription faibles. Sept ou huit nouveaux étudiants s’inscrivaient annuellement, trop peu pour justifier son existence. « Montréal a beau être une ville dynamique, dans certains domaines ça peut être plutôt limité », résume M. Bourret. L’UQAM n’a pas, présentement, de projet de maîtrise en musicothérapie. « La balle est dans le camp des professeurs, car ce sont eux qui doivent nous présenter un projet », assure le fonctionnaire de l’UQAM.

Guylaine Vaillancourt est bien au courant de « l’insuccès du programme » en termes de nombre d’étudiants inscrits. « Au Québec, on est un peu en retard par rapport au reste du Canada », confie-t-elle. La province compte une cinquantaine de musicothérapeutes, environ deux fois moins que l’Ontario. Cela ne fait qu’accentuer le besoin d’une formation à la maîtrise dans ce domaine. L’AQM avait espoir dans un projet de maîtrise conjointe entre l’UQAM et l’Université Concordia qui n’a pas abouti. L’Université Concordia qui possède un attrayant programme d’art-thérapie pourrait cependant offrir une maîtrise d’ici peu. Il faudra cependant s’attendre à une «période creuse» quant à la formation de nouveaux musicothérapeutes, selon la présidente de l’AQM.

Gabrielle Gauvin et Élianne Gendron pourraient bien devenir les plus jeunes musicothérapeutes du Québec.

Dernière cuvée

La dernière cohorte qui graduera en musicothérapie en est présentement à sa seconde année de baccalauréat. La fermeture de leur programme préoccupe les étudiants qui ne savent pas nécessairement qu’une maîtrise pourrait être disponible d’ici quelques années. Certains sont inquiets du sort de la profession qu’ils embrassent, s’imaginant une formation simplifiée composée simplement de cours en psychologie et en interprétation musicale. Gabrielle Gauvin résume ainsi les craintes : « On peut avoir un baccalauréat en interprétation musicale et un autre en enseignement des mathématiques, ça ne donne pas pour autant les habiletés pour enseigner la musique. »

Les étudiants se retrouvent bien souvent avec des horaires académiques surchargés, selon Élianne Gendron. « Je n’ai pas le choix d’accepter de suivre maintenant certains cours qui ne seront plus offerts les sessions prochaines », affirme l’étudiante en deuxième année qui a 17 crédits à sa session. En une journée, elle assiste à des cours de solfège, de guitare et de chorale. « Pour mon corps, c’est trop », confie-t-elle.

Si l’épreuve peut s’avérer pénible pour les derniers musicothérapeutes formés par l’UQAM, Guylaine Vaillancourt se fait rassurante sur leur avenir, et celui de la profession en général. Selon elle, la musicothérapie est là pour rester et prospérer. Avec une bonne présence en gériatrie, soins palliatifs ou aide aux enfants autistes, pour ne nommer qu’eux, la musicothérapie ajoute sa petite note à bien des domaines de la santé publique.

Yves Lavoie est étudiant(e) en journalisme à l'UQAM
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