Des vers verts
Par Naël Shiab • 10 déc, 2009 • Catégorie: Vie à l'UQAM, À la uneLucéro Celis est une nounou pas comme les autres. Avec ses protégés, nul besoin de négocier un paquet de bonbons contre une sieste. Calmes, peu bruyants, ils n’ont que deux exigences : manger et se reproduire. Rimbaud avait ses vers et sa prose, Lucéro a ses vers de fumier!

Lucéro Celis est aux petits soins pour les 37 livres de vers dont elle a la responsabilité.
C’est dans un local exigu du Collectif de recherche sur l’aménagement paysager et l’agriculture urbaine durable (CRAPAUD) de l’UQAM que la pouponnière prend place. Dans la vingtaine de bacs superposés, des milliers de vers grouillent et se reproduisent joyeusement dans une humidité lubrique, entre des restes d’aliments en décomposition.
Lucéro les pouponne depuis l’été 2009, où elle a commencé la lombriculture comme bénévole. Un poste a ensuite été ouvert en septembre et elle l’a obtenu. Depuis, les vers profitent de sa compagnie cinq heures par semaine, ou du moins officiellement, car dans les faits, elle y passe bien plus de temps. « C’est beaucoup de travail, indique-t-elle. Je dois y consacrer beaucoup d’heures de bénévolat. » L’écoquartier Jeanne-Meance aide également au bon entretien des bacs. Étudiante de deuxième année en biologie, Lucéro est néanmoins très heureuse de son affectation. « C’est la première fois que j’ai la chance de travailler dans ce en quoi j’étudie. » Elle en profite d’ailleurs pour faire de nombreux tests empiriques, notamment sur la reproduction de ces vers à la libido particulièrement efficace. Hermaphrodites, ils peuvent avoir jusqu’à 500 descendants en un an.
Pour nourrir les 37 livres de Eisenia foetida, le nom scientifique de ses bien-aimés, une livre de déchets végétaux par semaine et par bac est nécessaire. Ce sont les restes des repas des garderies du Centre pour la petite enfance de l’UQAM qui leur servent de mets, pour respecter l’esprit écologique de la lombriculture. « Le but, c’est que les gens aient une alternative pour se défaire de leurs déchets », explique Lucéro.
La terre dans laquelle vivent les vers provient quant à elle des jardins que possède le Groupe de recherche en intérêt public (GRIP) de l’UQAM, au Cœur des sciences. Vieille, vidée de ses nutriments, elle est alors utilisée comme litière. Ainsi, les vers, en dégradant les aliments, la transforment en compost fertile, prêt à être réutilisé. « Dans le fond, le compost, c’est juste du caca de vers, mais ça ne sent rien », fait remarquer la nounou scientifique. Le Journal Imédia s’est risqué à en renifler une poignée, tendue par la nourrice attentionnée, et confirme que cela ne dégage rien de plus qu’une odeur de terre.
« Le lombricompostage a plusieurs avantages, note Lucéro. Déjà, tu peux le pratiquer l’hiver et en appartement, puisque ça se fait à l’intérieur. Chez moi, j’ai un bac sous mon évier. Et puis ça va beaucoup plus vite que le compostage classique. »
« Il y a du monde à qui ça lève le cœur parce qu’il y a des odeurs de fermentation au cours du processus, indique-t-elle en plongeant la main dans un des bacs. C’est que vrai ça sent le pet. Mais bon, c’est la nature. » Selon elle, l’appréhension qu’ont les gens face aux vers de terre, considérés comme dégoûtants, est surtout due à des préjugés. Et c’est un des objectifs de la lombriculture, chapeautée par le Comité environnemental de l’Association étudiante du secteur des sciences, de faire tomber les idées reçues.
Des ateliers sont ainsi organisés avec les garderies présentes à l’UQAM pour éduquer les tout petits sur les bénéfices du lombricompostage. « Pour eux, c’est comme de la magie, raconte la jeune de femme de 28 ans, dont l’enfant fréquente lesdites garderies. Ils mettent une tomate dans un bac et, quand ils reviennent deux semaines plus tard, elle a disparu! » Les enfants ont ainsi fabriqué leurs propres bacs et, avec le compost récolté, vont mettre sur pied leur propre jardin au printemps.
« C’est merveilleux au niveau pédagogique pour comprendre comment un écosystème fonctionne. Les enfants voient les aliments venir de la terre, puis redevenir de la terre, avant de pousser à nouveau! »
Mais garder vivant tout ce petit monde n’est pas toujours évident. « Les vers sont quand même très fragiles. Il faut qu’ils aient toujours beaucoup d’humidité et on doit faire attention aux autres insectes, par exemple les mouches qui pondent leurs œufs dans les bacs. » Heureusement, Lucéro peut compter sur de précieuses alliées. « On garde toutes nos toiles d’araignée, elles sont très efficaces! »
Pour les intéressés, des bacs à compost prêts à être utilisés sont vendus par le comité. Les demi-livres de vers sont quant à elles à 12 dollars, pour ceux qui souhaiteraient en adopter. Si vous n’êtes pas certains d’apprécier la compagnie de ces gluants comparses, allez voir Lucéro et sa bonne humeur, et vous n’aurez plus de doutes à ce sujet!

Eisenia foetida, communément appelé ver de fumier.
Naël Shiab est étudiant(e) en journalisme à l'UQAM
Email à cet auteur | Tous les Articles par Naël Shiab
