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Disparition du seul groupe arc-en-ciel uqamien

Par Geneviève Daoust • 22 oct, 2009 • Catégorie: Vie à l'UQAM

Après 7 ans d’existence, le Regroupement étudiant dans la diversité sexuelle (REDS), le seul groupe arc-en-ciel de l’UQAM, n’est plus. Dépourvu de son local, il attend sa dissolution légale, prévue vers la mi-novembre prochain. Ce n’est pas de gaieté de coeur que l’ancien président du REDS, Emmanuel B. Lepage, quitte le groupe. «Le REDS, c’est ma vie, c’est une histoire personnelle», raconte-t-il avec un mélange de nostalgie et de bonheur.

Dorénavant, le REDS existe uniquement virtuellement à travers la communauté Facebook.

L’erreur politique

Acculé au pied du mur, le REDS est officiellement en procédure de dissolution. À cause de problèmes financiers, internes ou de participation, ce groupe pour les jeunes étudiants allosexuels (LGBT-lesbiennes, gais, bisexuels et transgenres) n’avait pas d’autres options possibles: «Je vois cela comme étant situationnel. On ne pouvait rien faire, les gens ne s’entendaient pas bien. [...] Je pense que la plus grande erreur [du REDS], c’est d’avoir voulu être politique», explique Claire Dumouchel, ex-vice-présidente aux affaires externes. L’ancien président du groupe, Emmanuel B. Lepage, reconnaît que le membership n’a jamais été très élevé. La présence de quinze personnes représentait un excellent taux de participation, alors qu’à leur plus bas, certaines activités réunissaient uniquement quatre personnes, explique-t-il en riant.

Dissolution rime avec déception

Emmanuel B. Lepage n’est pas le seul à être attaché émotivement au REDS. Claire a sur le coup été affectée et déçue de la dissolution du groupe. Elle croit qu’il était important pour la visibilité des étudiants LGBT. Pour Claire, le groupe arc-en-ciel représente d’heureux souvenirs. C’est à cet endroit qu’elle a rencontré sa copine. Au départ, c’était justement le but premier de son intérêt pour le groupe: faire des rencontres, amicales et possiblement amoureuses. Le côté informel et social du groupe était la clé du succès, affirme-t-elle, de la nostalgie dans la voix.

Marie Houzeau, la directrice du GRIS-Montréal (Groupe de recherche et d’intervention sociale), est elle aussi déçue par la dissolution du groupe: « Je trouve cela très dommageable. Avoir un groupe LGBT au sein de l’université, c’est un signe d’ouverture et d’acceptation de la diversité». Selon elle, un tel groupe aurait «un effet bénéfique non seulement sur les LGBT, mais sur tous les étudiants». En étant visibles, les jeunes allosexuels pourraient démystifier leur situation aux yeux de leurs pairs.

Briser l’isolement

Un groupe queer universitaire, comme l’explique Mme Houzeau, sert à briser l’isolement. Les jeunes se rassemblent pour discuter avec d’autres étudiants qui passent à travers le même cheminement qu’eux.

«J’ai l’impression qu’on a quelque chose en commun, une remise en question de l’hétérosexualité, de l’hétéronormativité. [...] On a le droit d’avoir un sentiment d’appartenance et d’identité distinct. Le but de se regrouper, c’est d’être fier, [...] de pouvoir exposer notre réalité sans se faire dire qu’on en parle trop», entend fréquemment Claire de la part de ses amis hétérosexuels.

Nouvellement étudiante à l’UQAM, Martine Robitaille a été déçue d’apprendre que le REDS n’existerait plus. Pour elle, celui-ci représentait un lieu de socialisation où elle aurait pu se faire de nouveaux amis.

L’UQAM très ouverte

De l’homophobie, à l’UQAM? Claire Dumouchel et Martine Robitaille, elles, n’en ont pas vécu. Toutes deux s’affichent avec leur copine: «J’ai été agréablement surprise de constater à quel point je peux être visible, je peux dire que je suis lesbienne sans aucune mauvaise réaction», explique Claire, étudiante de troisième année en psychologie. Quant à elle, Martine craint que certains n’oseraient pas s’afficher comme elle le fait. Pour sa part, Emmanuel est convaincu que l’homophobie est toujours présente dans les milieux universitaires. Par contre, il affirme que la plupart des gens sont «politiquement corrects» avec lui.

Or, l’hétérosexisme, avec son langage exclusif, existe bel et bien. Pour remédier à cette situation, Martine croit qu’il devrait y avoir un plus grand contact entre les communautés gaie et hétérosexuelle au sein de l’UQAM.

Le GRIS-Montréal, qui fait de la sensibilisation dans les écoles, intervient aussi dans les milieux universitaires. Lorsqu’il est sollicité à l’UQAM, c’est souvent par les professeurs de francisation: dans les cours de francisation, «on rencontre forcément de nouveaux arrivants, qui habitent ici depuis quelques mois ou années maximum. C’est sûr qu’il y a un travail de sensibilisation à faire parce qu’ils viennent parfois de pays où l’homosexualité peut être criminalisée à différents degrés», raconte Mme Houzeau, la directrice de l’organisme. Ainsi, une partie de sensibilisation continue d’être réalisée malgré la disparition du groupe étudiant.

La dissolution prochaine du Regroupement étudiant dans la diversité sexuelle, le REDS, en attriste plus d’un. Certaines personnes pouvaient compter sur lui pour enclencher leur processus de coming out en toute confiance, d’autres pour socialiser et promouvoir la visibilité LGBT au sein de l’UQAM. Or, une chose est certaine: qu’il y ait un groupe ou non, la communauté allosexuelle étudiante sera toujours présente. De ces 5 à 10% de la population, elle demeurera malheureusement moins visible et peu représentée.

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Contrairement à l’UQAM, d’autres universités possèdent toujours leur regroupement dans la diversité sexuelle. Par exemple, L’Alternative est disponible à l’Université de Montréal. Emmanuel B. Lepage, ancien président du REDS, déplore le fait que le groupe n’ait même pas son propre local. Quant à elle, l’Université McGill possède l’un des meilleurs groupes LGBT étudiants, Queer McGill. «McGill a des ressources phénoménales. Ils ont même une ligne d’écoute!», lance Emmanuel, enjoué. Il considère le REDS comme étant à mi-chemin entre les deux. Le groupe uqamien recevait pour sa part un financement du Service à la vie étudiante (SVE), mais était loin d’avoir en main toutes les ressources de Queer McGill.

Geneviève Daoust est étudiant(e) en journalisme à l'UQAM
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