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Étudiant cherche médecin

Par Daniel Blanchette-Pelletier • 26 nov, 2009 • Catégorie: Actualité, À la une

Valérie a les ganglions enflés. Après avoir contracté la grippe A (H1N1) en novembre, l’étudiante en communication à l’UQAM soupçonne maintenant le début d’une amygdalite. «J’ai dû retourner au Centre local de services communautaires (CLSC) et attendre de trois à quatre heures pour voir un médecin qui ne connaissait pas mon dossier et qui ne connaissait rien de moi», se désole-t-elle.

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Valérie n’a pas de médecin de famille, comme le quart des québécois, selon les chiffres de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec. L’organisme estime également qu’il faudrait 800 nouveaux médecins généralistes pour combler le manque à gagner.

«On estime qu’il y a environ 15% de la population qui voudrait voir un médecin de famille à Montréal et qui n’est pas capable d’en trouver un», rapporte la Dre Marie-Dominique Beaulieu, du Service de médecine familiale de l’Hôpital Notre-Dame à Montréal. Les étudiants font partie du lot.

Confronté à l’urgence

«J’ai appelé six cliniques sans rendez-vous, seulement pour obtenir une prescription d’antibiotiques, précise l’étudiante. Si j’avais un médecin généraliste, je pourrais me présenter à son bureau et repartir quinze minutes plus tard.»

Valérie n’est pas la seule à être confrontée à ce problème sur l’île de Montréal. Elle a perdu son médecin de famille un an plus tôt, lorsqu’il a quitté sa pratique, sans parvenir à trouver un remplaçant pour assurer le suivi de sa clientèle. Les démarches personnelles de Valérie sont également restées vaines.

La situation est encore est encore plus difficile pour les universitaires qui proviennent de l’extérieur de Montréal. Ils se retrouvent souvent sans ressources en matière de santé. «Un jeune qui arrive en ville n’aura pas plus de facilité qu’une personne née à Montréal pour se trouver un médecin de famille qui le suivra le temps de ses études», ajoute-t-elle.

«Je vais à l’urgence ou au CLSC seulement quand je suis très malade, soutient Valérie. Souvent, j’attends d’être fiévreuse quelques jours de suite. J’essaie d’être assez souffrante pour que ça paraisse ! Pour être certaine de passer dans un délai inférieur à huit heures d’attente !» Un réflexe qu’a aussi développé Karolyne, une étudiante en communication qui n’a jamais eu de médecin de famille. «J’attends, par accumulation, que ce soit très urgent.»

La Dre Marie Dominique Beaulieu se désole que l’engorgement du système de santé incite les étudiants à prendre de telles décisions. Malgré tout, avec les ressources actuelles, ils se retrouvent laissés pour compte. «La ville de Montréal ou l’Agence de la santé et des services sociaux de Montréal, par exemple, n’ont pas ciblé les étudiants qui arrivent de l’extérieur comme une clientèle prioritaire. Mais chaque universités offre quand même des services médicaux», croit-elle.

UdeM

L’Université de Montréal offre à ses étudiants un Centre de santé où sont dispensés des soins infirmiers payant, mais également des consultations sans frais avec des médecins, avec ou sans rendez-vous. «C’est un service qui est très apprécié par les étudiants. Ils auront ce privilège le temps qu’ils étudient ici. Les règles font en sorte que les diplômés ne peuvent plus être suivis. Sinon, je n’ai plus de disponibilités pour les autres étudiants», explique la directrice du Centre, Lucie Dauphin.

Et l’UQAM ?

Depuis 1977, l’UQAM n’offre plus de services de santé à ses étudiants. L’Université du peuple a délégué sa responsabilité au CLSC des Faubourgs. «C’est un choix institutionnel, de budget, mais également d’utilisation des ressources du milieu, explique la directrice intérimaire aux services à la vie étudiante, Manon Vaillancourt. Compte tenu des services offerts par le CLSC, l’UQAM s’est questionnée sur la pertinence de dupliquer des services qu’elle n’avait plus les moyens de se payer.»

Un protocole d’entente a donc été conclu entre l’Université et le CLSC des Faubourgs pour que les étudiants de l’UQAM, mais aussi son personnel, puissent avoir accès aux consultations sans rendez-vous. «Notre CLSC doit jouer le rôle d’un service de santé pour les étudiants de l’UQAM», précise le Dr Stephen DiTommaso de l’unité de médecine familiale du CLSC des Faubourgs.

Le Centre de santé et services sociaux Jeanne-Mance, qui supervise le CLSC des Faubourgs, nuance toutefois les spécificités de l’entente. Les étudiants de l’UQAM peuvent se présenter au sans rendez-vous, comme toute autre personne résidant «hors territoire». Les consultations avec des médecins sur rendez-vous sont réservées aux habitants du quartier.

En demeurant aux résidences de l’UQAM, Karolyne a accès au groupe de médecine familiale du CLSC. Sa visite l’a toutefois laissée stupéfaite. «On m’a tout simplement répondu qu’il n’y avait plus de places !»

La solution alternative

Pour combler le besoin d’accès aux soins de santé des étudiants, la Dre Marie-Dominique Beaulieu suggère d’identifier une clinique-réseau à proximité de son domicile où aller quand ça ne va pas. «Il faut encourager les gens à utiliser les cliniques réseaux dont c’est le mandat d’offrir des services à ceux qui n’ont pas de médecins de famille, tout en gardant cette clinique-là comme source régulière de soins», explique-t-elle.

À défaut d’avoir un médecin de famille, fréquenter la même clinique a aussi ses avantages. Le dossier du patient reste sur place et il est toujours possible de consulter le même médecin en fonction de son horaire de travail au sans rendez-vous. «C’est un conseil réaliste qui peut rendre service», termine la docteure en médecine familiale.

Daniel Blanchette-Pelletier est étudiant(e) en journalisme à l'UQAM
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