Journal (I) Média

webzine des étudiants en journalisme de l’UQAM
bannière

Le journalisme au 21e siècle

Par Amélie Chayer-Leclerc • 3 fév, 2009 • Catégorie: Actualité

Julie Miville-Dechêne, ombudsman des Services français à Radio-Canada, a passé au peigne fin le monde en mutation des médias lors d’une conférence le 28 janvier, à la TÉLUQ. Malgré l’apport positif des nouvelles technologies, elle ajoute que le journalisme n’en reste pas moins un métier exigeant.

Cette conférence s’axait autour de ce que Mme Miville-Dechêne considère comme les trois acteurs de l’information: les journalistes, les entreprises de presse et le public. Un rappel historique a été fait; nul doute qu’il y a eu du chemin fait entre les années 50, marquées par l’absence générale de sécurité d’emploi et aujourd’hui, où les conditions de travail se sont améliorées.

L’ombudsman s’est ensuite penchée sur un phénomène récent: le culte du vedettariat chez les journalistes. Elle donne en exemple les quotidiens de presse écrite qui ont multiplié le nombre de leurs chroniqueurs, tout en les encourageant à se faire voir et entendre le plus possible sur toutes les tribunes possibles.

Éric George, professeur de l’école des médias de l’UQAM et co-directeur du GRICIS (Groupe de recherche interdisciplinaire sur la communication, l’information et la société), évoque quant à lui le phénomène récent des journalistes qui tiennent un blogue. « Comme c’est bon pour les entreprises, celles-ci encouragent fortement les journalistes à tenir un blogue. Il y a une certaine remise en question du modèle nord-américain du journalisme, qui sépare le fait du commentaire. Je crois tout de même qu’il faut faire confiance à l’intelligence des gens ».

Mme Miville-Dechêne rappelle que ce sont les entreprises de presse qui ont été les plus durement touchées par l’arrivée des nouveaux médias (blogues, baladodiffusion, sites de partage, etc.). Elles se sont tout de même adaptées en travaillant sur Internet, devenu incontournable. M. George croit qu’une partie de l’avenir de la presse d’information passe par Internet. D’un autre côté, il pense aussi que si les journaux veulent rester concurrentiels, ils doivent se démarquer d’Internet dans leur contenu papier. « Cela implique de se concentrer sur l’analyse puisque les journaux peuvent difficilement couvrir l’actualité chaude comme Internet ou la télévision », affirme-t-il.

Lorsqu’il est question du public, l’ombudsman de Radio-Canada souligne un changement majeur: il est passé de passif à actif, surtout depuis l’arrivée d’Internet. Il suffit aujourd’hui d’un clic pour envoyer un commentaire à un journal. « Sur un même sujet, un journal peut recevoir des centaines, voire des milliers de commentaires », illustre-t-elle.

De plus en plus de jeunes composent leur propre bulletin de nouvelles, avec des sites comme Youtube, note Mme Miville-Dechêne. Certains avancent qu’il s’agit d’une démocratisation de l’information, mais elle y met un bémol: l’information y est parfois incomplète, souvent sensationnaliste. « Sur Internet, c’est comme ailleurs: il faut vérifier ses informations. Internet peut être utilisé à des fins de désinformation. On l’a vu avec Wikipédia, où on a constaté à certains moments que la CIA y modifiait ou introduisait certaines informations », ajoute M. George.

Les nouvelles technologies offrent de nombreuses possibilités. Mais selon l’ombudsman, rien ne peut remplacer les grands groupes de presse. Elle croit nécessaire de rappeler qu’une information de qualité pose de nombreuses exigences. « Les journalistes n’ont plus le monopole. Je crois toutefois qu’ils restent essentiels, car ce sont des professionnels, avec des moyens, une expertise et du temps dont ne dispose pas le citoyen ordinaire », explique M. George.

Difficile d’évaluer à quoi ressemblera le journalisme et les médias d’information dans quelques dizaines d’années. « Le journal papier ne disparaitra pas, du moins pour le moment, car la presse papier et Internet ne sont pas consultés pour les mêmes raisons », conclut M. George.

Amélie Chayer-Leclerc est étudiant(e) en journalisme à l'UQAM
Email à cet auteur | Tous les Articles par Amélie Chayer-Leclerc