Le plagiat électronique: un virus qui se propage
Par Jean-Mychel Guimond • 24 fév, 2009 • Catégorie: Vie à l'UQAMLe plagiat à l’université, c’est bien plus que les petits bouts de papier qui voyageaient d’une main à l’autre sous les pupitres des écoles secondaires. L’avènement du réseau Internet est une véritable mine d’or d’informations offerte aux étudiants sur un plateau d’argent. Il est alléchant de prendre des portions de textes bien écrits et de les insérer dans son propre travail. Si la source n’est pas citée, on nomme cet acte le plagiat électronique.
Le «copier-coller», principal fléau dans les écoles, a été étudié et analysé en profondeur en 2005 par la Commission de l’éthique de la science et de la technologie (CEST), dans un document intitulé Le plagiat électronique dans les travaux scolaires: une pratique qui soulève des questions éthiques. Selon cette étude, on parle de plagiat électronique lorsque le contenu d’un site Web est copié dans un travail scolaire, sans préciser la source. La CEST spécifie également que l’achat de travaux ou la copie de travaux accessibles sur Internet, ainsi que la copie du contenu d’un courriel d’un autre étudiant, représentent des cas de plagiat électronique.
En plus de définir le plagiat électronique, le document d’une quarantaine de pages donne des pistes de solutions et établit une liste de recommandations destinées au Ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport (MELS). La Commission propose entre autres de mettre en place des directives claires et uniformes concernant les méthodes de citation et de paraphrase de documents Web. De plus, elle avance qu’une bonne éducation des jeunes dès le primaire pourrait aider à diminuer le problème.
Après près de quatre ans, où en sont ces recommandations? David Boucher, conseiller en éthique au CEST et rédacteur de l’étude en 2005 indique qu’il n’y a pas eu de suivi formel de la part du MELS. «Cependant, nous sommes actifs depuis ce temps à la Commission. Nous avons produit des dépliants explicatifs et des affiches, en plus de faire régulièrement la tournée des cégeps et des universités pour offrir des formations sur le sujet», explique-t-il. Quelques temps après la sortie de l’étude du CEST, les institutions d’enseignement sont allées plus loin que leurs règlements institutionnels incomplets et peu accessibles. Aujourd’hui, l’information est disponible sur les sites Internet des universités et des ressources sont mis à la disposition des étudiants pour qu’ils évitent les pièges du plagiat.
Pour David Boucher, les deux grandes avenues à privilégier sont la sensibilisation et la sanction. «Il n’y a pas de solution miracle pour enrayer le plagiat électronique. Il faut changer les mentalités et se fier à l’intégrité des étudiants», affirme-t-il. Aux États-Unis, les universitaires doivent signer un code d’honneur, qui les engage à adopter une bonne conduite et à respecter les règlements en vigueur. Il y a donc un sentiment de culpabilité si l’étudiant «brise» son contrat. Dans ce cas-ci, on touche à l’honnêteté intellectuelle des individus, ce qui est un bon moyen de prévenir le plagiat électronique. «Si on discute du plagiat en classe, en faisant des mises en situations, ça peut éveiller certains sentiments. Par exemple, s’il y a plusieurs phrases identiques dans les travaux de deux élèves, ceux-ci auront un malaise de se présenter devant le professeur pour s’expliquer, et les autres verront dans ce geste une injustice», mentionne M. Boucher. Il note également que plus un étudiant a un intérêt pour un cours, moins il sera porté à plagier.
Bien conscient que la tâche de vérifier tous les travaux est trop lourde pour les professeurs, David Boucher propose des exercices portant sur la matière transmise en classe et de faire plus d’exposés oraux. Il serait alors beaucoup plus difficile pour un étudiant de copier des données provenant du Web. Cependant, il concède que cela diminue la marge de manoeuvre des enseignants et ne s’applique pas à toutes les matières ou à toutes les facultés.
Le problème de l’achat de travaux en ligne a été de plus en plus médiatisé ces dernières années. Cependant, les sites qui offrent ce «service» existent depuis longtemps sur les campus universitaires américains. «Le phénomène est là, mais il n’est pas en vogue au Québec. Le principal obstacle demeure la langue, car la grande majorité des travaux disponibles sont écrits en anglais», explique M. Boucher. Toutefois, il n’exclut pas que certains étudiants, moyennant une somme d’argent, se procurent un travail rédigé par un collègue de la même école. Il n’existe aucune statistique qui permet de mesurer l’ampleur du phénomène.
L’Université du Québec à Rimouski ainsi que les universités Laval et McGill planchent actuellement sur un projet pilote de logiciel de détection de fraudes. S’il s’avère efficace pour détecter les étudiants coupables de plagiat électronique, ce sera un nouvel outil performant qui facilitera la tâche des professeurs qui luttent contre ce virus moderne.
Jean-Mychel Guimond est étudiant(e) en journalisme à l'UQAM
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