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Mandarin, langue seconde

Par Raphaël Bouvier-Auclair • 12 nov, 2009 • Catégorie: International, À la une

Pour Jean-François Desjeans-Gauthier, le mandarin, ce n’est pas du chinois! Ce candidat à la maîtrise en informatique à l’université McGill vient s’asseoir sur les bancs de l’UQAM, quelques soirs par semaine, afin d’apprendre et de maîtriser…la langue de Confusius. Et il n’est pas seul; de plus en plus de gens tournent leur regard et leur langue vers l’Empire du Milieu.

Jean-François Desjeans-Gauthier étudie les idéogrammes chinois.

Jean-François Desjeans-Gauthier étudie les idéogrammes chinois.

L’étudiant avoue être passionné depuis son enfance par la Chine. Si son parcours scolaire lui a permis de se familiariser avec les courants historiques européens et américains, les fondements de l’Asie lui sont longtemps demeurés inconnus. «J’ai grandi sans accès à la Chine, c’est un pays mystérieux», soutient-il. C’est à titre d’étudiant libre qu’il vient régulièrement coucher sur papier les idéogrammes chinois. S’il a choisi l’UQAM, c’est surtout parce que les horaires lui étaient avantageux. «À McGill, on propose des cours de chinois à fréquence de un par jour, alors que l’UQAM offre des cours de soir», affirme-t-il.

Des intéressés de plus en plus nombreux

Les chiffres sont révélateurs: 80 étudiants étaient inscrits au certificat en langue et culture d’Asie à l’hiver 2009, alors qu’ils n’étaient que 29 en 2003. Derrière cette hausse impressionnante se cache Liya Pan, maître de langue et coordonnatrice du certificat. En poste depuis 2005, Mme Pan a constaté une croissance constante de l’intérêt des étudiants pour son programme. «C’est un programme qui marche très fort parmi ceux offerts à l’école des langues», affirme-t-elle. À un point tel qu’elle a dû procéder à une «restructuration complète du certificat» afin de proposer un parcours linguistique plus complet. Le nombre de cours offerts a conséquemment doublé depuis la naissance de l’apprentissage du chinois à l’UQAM. De trois cours en 2003, on en dénombre six aujourd’hui.

Une multitude de projets de coopération se sont développés parallèlement à l’enseignement du mandarin. L’UQAM propose un programme unique d’échange d’assistance avec le Beijing Language and Culture University. Cette prestigieuse institution offre une bourse d’un an à un étudiant uqamien afin qu’il devienne l’adjoint d’un professeur de français, alors qu’un universitaire pékinois se rend à Montréal pour assister à l’École de langues. Des cours d’été crédités sont aussi réalisables dans des académies de Beijing ou de Shangaï. Ces expériences d’immersion semblent véritablement populaires auprès d’étudiants qui ont souvent pour objectif de visiter la Cité interdite. Liya Pan raconte même avoir déjà rencontré un de ses étudiants dans un vol en provenance de Chine.

Les Uqamiens ayant un intérêt particulier pour le pays de la Grande Muraille ne sont pas simplement ceux inscrits au certificat en langues et culture d’Asie. Émilie Roy-Dauphinais, étudiante au baccalauréat en relations publiques, éprouve une profonde curiosité depuis plusieurs années pour la Chine et l’Asie en général. « Quand on est petit, la Chine semble être le pays le plus loin, le plus à l’opposé de nous», explique-t-elle. La jeune femme a participé l’an dernier à un voyage organisé par le Collège Ahunstic qui l’a menée en République populaire de Chine. Depuis ce séjour, sa curiosité s’est endurcie. «Après l’avoir vécu, j’apprécie de voir comment le pays se développe». Signe de sa passion pour la civilisation à laquelle on doit le papier, Émilie Roy-Dauphinais crée présentement un blogue sur l’Asie dans le cadre d’un cours de technologies. Il s’agit d’un travail qu’elle perçoit davantage «comme un plaisir qu’un fardeau».

La Chine en tête d’affiche

Le rôle de plus en plus grand que joue la Chine sur la scène internationale, qu’il soit économique ou politique, explique sans aucun doute la popularité croissante dont jouit le pays. «Le Géant qui sommeille» semble désormais bien éveillé et plutôt alerte. Le Québec développe d’ailleurs de plus en plus d’échanges avec l’État chinois. Les relations sino-québécoises sont au coeur du programme du Ministère des relations internationales, qui «entend développer et consolider ses liens politiques, institutionnels, économiques et culturels [avec la Chine]». Plusieurs espèrent donc qu’une maîtrise du mandarin puisse s’avérer avantageuse dans le cadre de liens d’affaires. Liya Pan révèle même que certains étudiants du HEC «viennent profiter de l’enseignement du chinois à l’UQAM» et qu’un projet est en développement entre l’ESG et l’École des langues. Preuve de cet enthousiasme pour le potentiel économique chinois, un nouveau cours intitulé «La langue et la culture des affaires de la Chine» a été mis sur pied.

Même s’il explique que «le mandarin peut être utile dans son domaine de spécialisation» et qu’il pourrait être appelé à travailler en Chine «dans un avenir lointain», Jean-François Desjeans-Gauthier persiste et signe; c’est davantage la passion qui explique sa présence aux cours de Liya Pan. À l’instar de Marco Polo, émerveillé par sa visite en Chine il y a plus de 700 ans, l’étudiant poursuit sa découverte du Pays des Dragons.

Raphaël Bouvier-Auclair est étudiant(e) en journalisme à l'UQAM
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