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Profession: libre-penseur

Par Simon Lord • 19 nov, 2009 • Catégorie: Recherche

Avec deux doctorats, un en Sciences de l’éducation, l’autre en Philosophie, un curriculum vitae de 14 pages, de multiples publications au Devoir ainsi qu’au Couac et la mise sur pied de l’Association Humaniste du Québec en 2005, Normand Baillargeon est une vraie figure de proue pour les libre-penseurs de ce monde.

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Normand Baillargeon - Photo : Simon Lord

Et ses ouvrages ne se font pas attendre. Au cours des prochains mois seulement, il sortira deux livres : le premier, Raison Oblige, sera disponible sous peu aux Presses de l’Université Laval; le deuxième, Anthologie de l’athéisme et de la libre pensée, est présentement en impression.

Son dernier opus, Heureux sans Dieu, a été lancé le 16 septembre dernier, peu après Contre la réforme : La dérive idéologique du système d’éducation québécois, dans lequel – eh oui – il s’oppose à la réforme en éducation.

Heureux sans Dieu, un collectif de plusieurs auteurs sous sa co-direction, est né d’une rencontre avec Daniel Baril, ex-président du Mouvement laïque québécois. Étant tous deux de fervents militants laïques, ils ont décidé qu’il était temps de diriger un grand « coming out » athée. Ils voulaient, avec ce livre, faire réagir les gens et déconstruire la peur ambiante de l’humanisme.

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« Pour trouver une quinzaine de personnalités disposées à collaborer au projet, nous avons dû contacter plus de 50 personnes », lance M. Baillargeon, insistant sur la délicatesse du sujet. Si plusieurs se sentaient mal à l’aise avec l’idée d’athéisme, d’autres ont dû refuser de participer faute de temps alors que certains n’ont carrément pas répondu aux appels.

Il s’explique mal ce malaise entourant l’incroyance. « On n’est pourtant pas en Iran, ici, on peut se dire athée sans aller en prison. » Selon lui, les gens ont encore une perception déformée de l’athéisme. « L’incroyance est perçue comme une absence de moralité et entraîne automatiquement une critique des religions incompatible avec notre manière complaisante de traiter les croyances. »

Interrogé sur la légitimité intellectuelle des départements de théologie dans les universités, il répond, après un longue pause, ne pas avoir « immense respect » pour ces institutions. « J’aime beaucoup mieux la psychologie des religions, ou les neurosciences traitant des religions. Ce sont des entreprises intellectuelles beaucoup plus respectables. »

Toutes ses prises de position ne sont pas sans lui attirer les foudres de certains de ses collègues. Avec d’autres, il entretient de simples désaccords, notamment avec George Leroux et Daniel Weinstock – l’un ayant participé à l’élaboration du cours d’Éthique et culture religieuse, l’autre en étant partisan – pour qui il exprime un respect certain.

Une chose est sûre, toutefois, ses positions lui ont coûté beaucoup sur les plans personnel et professionnel à la Faculté des Sciences de l’éducation, même s’il ne tient pas à entrer dans les détails.

Rénald Legendre, professeur émérite et directeur du Centre de recherche au département des sciences de l’éducation, abonde dans le même sens. « C’est un grand intellectuel, et il subit le symptôme du corps étranger. Plutôt que de profiter aux autres, ses talents suscitent parfois de la jalousie et de l’envie. »

M. Legendre, qui nage lui aussi à contre-courant en critiquant la réforme, admet au final avoir une grande admiration pour la compétence exceptionnelle en éducation de son confrère , pour sa personnalité, ses convictions à donner l’heure juste et sa capacité à être apprécié de tous ses étudiants.

Malgré cela, M. Baillargeon ne lâche pas le morceau et continue de se battre pour un système scolaire pleinement exempt de religion. Il souligne notamment l’importance de la laïcisation du système scolaire pour donner une formation citoyenne adéquate aux plus jeunes.

« Personnellement, je n’ai rien contre la religion vécue dans la sphère privée, tant qu’elle n’est pas imposée à mes enfants », explique-t-il. Tout comme Freud, il montre du doigt le formatage des enfants en bas âge, même s’il maintient, comme la plupart des intellectuels, que la psychanalyse n’est qu’une « vaste fumisterie ».

Faisant par ailleurs allusion au récent projet de loi 16 – tombé aux oubliettes – et au cas de la SAAQ, il ajoute qu’il « ne faut pas laisser une croyance basée sur l’astrologie faire la sélection des employés de la fonction publique, et qu’il en va de même pour la religion. »

Enfin, Normand Baillargeon continuera de publier ses livres et ses recherches, qu’importe l’accueil, bon ou mauvais : « Je suis particulièrement fier d’avoir tout fait par moi-même. Pas de fonds versés, ni de subventions. Travailler seul, pour moi, a toujours été le prix de la liberté. »

Simon Lord est étudiant(e) en journalisme à l'UQAM
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