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Quand la confusion cède la place à la panique

Par Camille Laurin-Desjardins • 1 oct, 2009 • Catégorie: Actualité

Alice Van Der Klei donnant un cours à ses étudiants.

La rentrée 2009 a été particulièrement préoccupante pour le personnel enseignant et le Service de la prévention et de la sécurité (SPS) de l’UQAM. La menace d’une deuxième vague violente de la grippe A(H1N1) a obligé le SPS à mettre de l’avant plusieurs mesures pour prévenir la propagation du virus. Pour le personnel enseignant, c’est plutôt deux poids, deux mesures.

Alain Gingras, directeur du SPS, préconise une approche préventive pour freiner la propagation du virus de la grippe A(H1N1). «Tant qu’il n’y a pas de deuxième vague, nous n’appliquerons pas de mesures drastiques. En ce moment, on cherche à prévenir, on ne cherche pas à perturber les activités.»

Des affiches ont été installées dans les toilettes et un peu partout dans les différents départements et des publicités ont été placées dans Montréal Campus et le journal L’UQAM pour informer les étudiants et le personnel sur les moyens de se protéger contre le virus. Près de 200 bornes de savon antiseptique seront installées dans les prochaines semaines dans les corridors de l’UQAM.

Il est important pour M. Gingras d’informer les gens pour aider à prévenir la pandémie : «Si les gens sont informés, l’effet panique ne peut pas arriver. Cela donne un sens aux gestes que l’on pose.»

C’est un tout autre discours qui sort de la bouche d’Alice Van Der Klei, chargée de cours au département d’études littéraires. Une semaine avant le début des cours, l’enseignante a reçu par courriel un document de la doyenne de la Faculté des arts qui suggère des moyens beaucoup plus draconiens pour prévenir la propagation du virus.

Au premier cours de la session, elle a lu avec ses élèves ce document, non sans une certaine ironie face à quelques points. En effet, la suggestion faite dans le document d’enregistrer ses cours à l’aide d’une enregistreuse numérique et de les mettre en ligne pour ses étudiants en a fait rire plus d’un dans la classe : «On a bien rigolé en m’imaginant, un dimanche matin, en train d’enregistrer mes cours en pyjama!» rapporte Mme Van Der Klei.

Le document recommande aussi de minimiser les travaux d’équipe et, s’il y a lieu, de les remplacer par des travaux individuels si un des membres de l’équipe était absent. «En études littéraires, ça ne change pas trop les choses, puisque les travaux sont souvent individuels, mais j’ai quand même remplacé l’exposé oral qui devait être fait en équipe par un autre travail individuel», précise Mme Van Der Klei.

Ses étudiants et elle remarquent également quelques problèmes dans les mesures suggérées par sa faculté. Cette dernière recommande notamment de jeter à la poubelle les mouchoirs immédiatement après utilisation, mais la classe où enseigne Mme Van Der Klei, située dans le pavillon V, n’est pourvue d’aucune poubelle.

Comment peut-il y avoir un tel dérapage entre ce que préconise le SPS et les mesures qu’ont reçues certains enseignants par courriel? «Chacun des doyens a émis un document personnel à sa faculté en ce qui concerne la partie académique», explique Alain Gingras. Celui-ci se dit d’ailleurs contre les méthodes draconiennes comme celles proposées par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). Selon lui, il est inutile d’empêcher que les élèves se rencontrent en dehors de l’école, puisqu’ils seront de toute façon en contact avec d’autres gens, que ce soit leur famille à la maison ou des inconnus dans le métro ou à l’épicerie.

Jean-Claude Bürger, professeur à l’École des médias, qui pense avoir été infecté du virus de la grippe A(H1N1) cet été, est du même avis : «On ne réussira pas à enrayer la grippe de toute façon. Ne pas venir en cours par crainte d’être infecté, c’est surréagir et ça n’a pas d’utilité. Il y aurait des mesures à prendre à l’université si beaucoup de personnes étaient absentes, infectées.»

Toutefois, il faut prévoir des mesures d’urgence, si la deuxième vague du virus est effectivement virulente. Par exemple, à quel moment décide-t-on de fermer l’UQAM? «C’est le gouvernement qui décide, s’empresse de préciser M. Gingras, c’est global pour toutes les écoles. Il doit y avoir le double d’infections répertoriées par rapport à la semaine précédente et ce, pendant deux semaines consécutives.»

Si le taux d’absentéisme s’élève à 35%, le plan de continuité élaboré par le SPS permettra de maintenir les services essentiels à l’UQAM. Côté absences, les étudiants auront à travailler avec leurs enseignants pour rouvrir les ententes d’évaluation, s’il le faut. «Il est important de ne pas pénaliser les étudiants qui sont absents pour cause d’infection du virus A(H1N1)», souligne M. Gingras.

Mme Van Der Klei, de son côté, trouve cette directive ambigüe : «Comment fait-on pour savoir si l’étudiant est absent à son examen parce qu’il a bel et bien contracté le virus ou parce qu’il n’a pas étudié?»

Camille Laurin-Desjardins est étudiant(e) en journalisme à l'UQAM
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