Survivre en des temps de compressions
Par Bernard Dufour • 6 nov, 2008 • Catégorie: Vie à l'UQAMJustin, étudiant en dernière année de cégep, est habité d’un profond désir de comprendre l’Homme et la société. Toutefois, il ne souhaite pas se surspécialiser dès son entrée dans le monde universitaire. Un programme de l’UQAM semble conçu juste pour lui: Histoire, culture et société (HCS). Hélas, le site Internet de l’université annonce la suspension des admissions pour la discipline. Ce que Justin ne sait pas, c’est que ce profil se donne encore bel et bien, pour une autre année du moins.
« HCS existe maintenant sous la forme d’une majeure, s’empresse de dire Joshua Ménard-Suarez, étudiant en deuxième année et membre du comité de programme, le site n’annonce que la suspension du BAC combiné. Je ne comprends pas pourquoi l’administration entretient aussi longtemps ce malentendu. » Sa détresse est légitime. Son programme est l’un des premiers ciblés par les compressions amorcées afin de sortir l’UQAM du gouffre financier et seule une hausse significative des inscriptions pourrait renverser la tendance.
« Pour l’instant, on ne livre tout simplement pas la marchandise en ce qui concerne les admissions », admet Janick Auberger, directrice du programme. Les statistiques parlent d’elles-mêmes. Alors que le nombre de demandes au cours des cinq dernières années tournait autour de 150, seulement 43 personnes ont fait d’HCS l’un de leurs trois choix en 2008. Il n’y a actuellement que quatre étudiants inscrits pour 2008-2009.
La baisse générale des inscriptions observée à l’UQAM en 2008 due à la crise financière, un processus d’inscription plus complexe en raison de la mutation du BAC combiné en majeure et le manque de visibilité sont trois hypothèses avancées par Madame Auberge afin d’expliquer ces résultats. C’est du dernier point qu’elle souhaite faire son cheval de bataille. « Davantage d’inscriptions représenterait la meilleure arme pour justifier notre existence à l’administration. Il faut vendre notre programme aux futurs étudiants par tous les moyens. »
Les étudiants à la rescousse
Le défi est de taille, mais ne semble pas effrayer Joshua Ménard-Suarez: « Les étudiants en HCS sont très mobilisés et tout le monde est prêt à mettre la main à la pâte pour sauver le programme. Le site Internet sera refait afin d’être un meilleur porte-étendard du profil, il y aura davantage de publicité et nous allons être plus que présents aux portes ouvertes. »
L’espoir est là, l’association des étudiants en Histoire, Culture et Société dispose d’un confortable coussin financier qu’elle souhaite mettre à la disposition de la «cause». Il s’agit d’un montant accumulé au fil des années de l’ordre de 17 000$. Si le programme finissait par disparaître, la somme serait entièrement versée à l’Association des étudiants en sciences humaines.
Des compromis doivent être faits pour assurer un avenir au programme et le processus est déjà amorcé. Les cours uniques au profil d’HCS sont maintenant conjoints entre la cohorte 2007-2008 et celle de 2008-2009. « Il est certain qu’en disposant de moins d’une quinzaine d’étudiants, il aurait été difficile de commander quatre cours », confie la directrice du programme.
Le faible coût du programme peut aussi expliquer son maintien. Les étudiants en HCS ne suivent que deux cours spécifiques à leur profil et se greffent à d’autres classes de sciences humains et d’art le reste du temps. Selon Joshua Ménard-Suarez, l’UQAM ne tient pas assez compte de cette particularité. « On a souvent de la difficulté à s’inscrire aux cours que l’on préfère, puisque les étudiants du programme du cours en question ont priorité sur nous. »
Pourtant, malgré ces embûches, HCS est l’un des programmes de l’UQAM avec le plus haut taux de diplomation. De 65 à 75 % des étudiants se rendent jusqu’à la collation des grades depuis la création du programme alors que la moyenne de l’université se situe dans les 40 %. Selon Janick Auberger, l’investissement en vaut la peine, puisque les finissants nourrissent l’UQAM en allant à la maîtrise dans une proportion de 75 %, loin devant la moyenne uqamienne qui n’est que de 20 %.
Bernard Dufour est étudiant(e) en journalisme à l'UQAM
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