Tout est presque parfait
Par Michael Tremblay • 3 fév, 2009 • Catégorie: Culture«Mieux vaut être unique que premier». C’est ainsi que Yves-Christian Fournier, réalisateur de «Tout est parfait», voit son métier. Dans un monde où règnent les égos forts et où la concurrence est féroce, il cherche à demeurer authentique et intègre. Car, en bout de ligne, celui que l’histoire retiendra, c’est celui qui y aura laissé une empreinte singulière. Et une fois cette «signature établie», il est beaucoup plus aisé pour le cinéaste de faire évoluer son œuvre à sa guise.
Depuis la sortie du film «Tout est parfait», la vie de Yves-Christian Fournier a bien sûr changé. «Je suis passé du cinéma d’auteur marginal au cinéma d’auteur commercial», explique-t-il. Une nuance plutôt importante quand on considère que le milieu du cinéma québécois en est un où il est difficile de percer. Et pour celui qui est sorti de l’UQAM en 1996 avec un baccalauréat en communication, il s’agit d’une consécration bien méritée après plusieurs années dans le monde de la publicité.
Le parcours d’Yves-Christian Fournier est aussi singulier que peut l’être son œuvre. «Je devais m’inscrire en droit, mais comme il fallait mettre un deuxième choix, j’ai pris le même que mon ami qui s’inscrivait en cinéma», lance-t-il. Il s’agissait d’un geste plutôt inusité pour quelqu’un pour qui, de son propre aveu, le monde du cinéma se résumait à des films comme «Back to the future». Il a finalement été accepté dans ce programme très contingenté et très prisé de l’UQAM. Il a renoncé au droit en grande partie parce qu’il avait été très enthousiasmé par l’esprit de groupe qu’il avait pu observer lors de l’entrevue d’entrée, lui rappelant le même esprit de communauté qu’il avait beaucoup apprécié lors de son passage dans l’armée.
La course destination monde
Malgré tout, ce n’est pas grâce à son baccalauréat en communication que Fournier a pu facilement s’intégrer dans le monde du cinéma, «une jungle», comme il le qualifie lui-même. C’est plutôt son passage à «La course destination monde» en 1997-1998 qui lui a permis de se faire un nom. Après avoir passé un an à chercher du travail dans le domaine, il a donc fait le tour du monde avec sa caméra. «Mon retour n’a pas été facile pour autant, même si j’avais remporté la course», rajoute-t-il. Il a commencé comme assistant-monteur, grâce à ce qu’il qualifierait lui-même d’élan de sympathie de la part de Gaétan Huot, un monteur professionnel qui a notamment travaillé sur «Le violon rouge». Par la suite, il a découvert l’univers de la publicité et la qualité de vie qu’il pouvait offrir.
C’est grâce à la publicité que Yves-Christian Fournier a pu vivre de son «art», lui qui a réalisé quelques unes des meilleures publicités des dernières années, dont la campagne pour le lait (un verre de lait c’est bien, mais deux c’est mieux), qui lui a valu le prix du Meilleur réalisateur – Créa 2006. Il n’hésite d’ailleurs pas une seconde pour encenser cet univers, d’une part, parce qu’il considère la publicité comme une forme d’art en soi, et d’autre part, parce qu’il permet à plusieurs cinéastes, même les plus célèbres, de bien -ou mieux- vivre. En fait, pour Fournier, «le Québec gagnerait à être plus ouvert en publicité. Il faudrait qu’on arrête de tout prendre au premier degré. Il y découvrirait une forme d’art qui est difficilement exploitable ici en ce moment en raison d’une autocensure généralisée.»
Film encensé par la critique depuis sa sortie en salle en février 2008 et candidat sérieux aux Jutras 2009, «Tout est parfait» est un film dur qui traite du suicide chez les jeunes. Sa mise en œuvre a été longuement réfléchie par Fournier, lui dont quatre de ses amis se sont suicidés. Il voulait également avoir la collaboration d’un scénariste avec qui il se sentirait à l’aise de travailler. Il s’est tourné vers Guillaume Vigneault. «J’étais en train de lire son livre, que j’aimais bien, quand je l’ai vu à la télé. J’ai trouvé qu’il avait l’air sympatique. Par la suite, j’ai songé au fait que sa crédibilité serait également un atout pour mon premier film.» Un pari qui s’est avéré gagnant.
Tout n’est pas parfait à l’UQAM
Son passage à l’UQAM a permis à Yves-Christian Fournier de découvrir le monde du cinéma. Il reste néamoins un peu déçu de «l’après bac». Car, s’il est une chose qu’il considère comme manquante dans la formation qu’il a reçue, c’est la préparation au marché du travail. «Un peu plus de «straight talking» aurait été grandement apprécié, tout comme des stages en milieu de travail.» La réalité fut tout autre.
Bien des gens comme lui sont sortis de l’université avec un diplôme de cinéma en poche, mais aucune idée de l’utilisation qu’ils pouvaient en faire. Pour ça, il a fallu qu’il se débrouille et qu’il soit chanceux. Or, «on s’attendrait à plus de la part d’un département possédant une réputation aussi enviable, croit Fournier, mais surtout, il serait primordial que l’UQAM cherche à entretenir une tradition afin de donner le goût aux étudiants d’y venir. Et, pour ce qui est du programme de cinéma notamment, cela commence par honorer ses anciens étudiants qui ont brillés une fois hors de ses murs et à garder un lien avec eux.»
Michael Tremblay est étudiant(e) en journalisme à l'UQAM
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