TSX UQAM 500
Par Louis-Samuel Perron • 3 déc, 2009 • Catégorie: Société, À la uneMathieu ouvre son iPod et consulte le cours boursier. En quelques secondes, il revend les actions qu’il avait achetées deux heures plus tôt et fait des centaines de dollars de profits. Ce geste serait anodin à Wall Street. Sauf que Mathieu est un étudiant de l’UQAM qui joue à la bourse durant ses cours. Bienvenue dans un monde où des étudiants misent leurs bourses d’excellence, spéculent sur des produits boursiers à haut risque et investissent même en empruntant à la banque entre deux cours. Portrait d’un phénomène peu connu.
Étudiant à l’École de gestion de l’UQAM, Mathieu investit à la bourse depuis des années. Il consacre plusieurs heures par semaine à suivre le cours boursier puisqu’il fait de la spéculation boursière, une activité très risquée. « Je fais de la spéculation pure et dure, ce qui veut dire que je vais investir une journée et que deux, trois jours plus tard, je vais revendre. Ça peut aussi arriver que je fasse une transaction qui ne dure que quelques heures et qu’ensuite, j’arrête », explique-t-il. Par contre, lorsque les travaux s’accumulent, Mathieu ne se consacre pas à la bourse. « En fin de session, je suis occupé. Je ne suis pas sur mon ordinateur en train de regarder les cotes, alors je fais attention », souligne-t-il, un œil penché sur son iPod qui affiche le cours de l’action de Google.
Marek Rymarz est un étudiant en droit à l’Université de Montréal et lui aussi investit des milliers de dollars à la bourse. Son objectif de rendement est assez élevé, soit de 5 à 10 % par semaine. Pour y arriver, il spécule. « J’investis dans des actions qui sont volatiles dues à des nouvelles récentes et je les analyse afin de décider de vendre ou d’acheter l’action. J’étale ensuite sur quelques jours mes placements, mais ça arrive aussi que je revende une action qui a remonté de 25 % quelques heures après que je l’ai acheté. C’est un peu de la spéculation ce que je fais, c’est risqué », raconte Marek.
Pour Nicolas Bellemare, toutefois, hors de question de spéculer à la bourse. Étudiant en gestion à l’Université McGill, le jeune homme détient un portefeuille d’actions à faible risque. « Personnellement, je pense que quelqu’un qui est aux études doit faire attention avec les placements à court terme », avertit celui qui s’intéresse à la bourse depuis qu’il a 13 ans.
D’après Steven Ambler, professeur au département des sciences économiques de l’UQAM, il est préférable d’avoir une stratégie à long terme lorsqu’on investit à la bourse. « Les changements de prix, et pas les prix eux-mêmes, sont au bout du compte imprévisibles ou du moins très difficiles à prédire. Ainsi, plus longtemps on garde une action donnée dans son portefeuille, moins élevée en général sera sa variance ou son écart-type annuel. »
L’objectif pour Mathieu n’est pas de garder ses actions à long terme pour faire quelques pour cent de rendement. Il va employer cette stratégie quand il aura une famille, évoque-t-il. « Je me dis que maintenant que je suis jeune, je peux en profiter pour prendre des risques et apprendre comment ça marche. Je peux aussi me permettre de perdre de l’argent alors que plus tard je ne pourrai pas parce que j’aurais de plus gros enjeux. »
Mathieu cherche donc à apprendre les rouages de la bourse, quitte à perdre des sommes importantes dans l’exercice. « J’ai peut-être 3 000 $ qui bougent comme ça et je ne pense pas que je peux les perdre totalement. Donc, j’apprends à investir avec la pratique. Oui, il y a des coûts, mais ce sont des coûts quand même légers par rapport à ce que je pourrais vraiment risquer plus tard », explique-t-il, la voix pleine de confiance.
Même son de cloche pour Marek, qui considère l’investissement boursier comme « une expérience, une façon d’apprendre ». Toutefois, il prend soin de préciser que se lancer dans la bourse sans conseils est risqué et qu’il faut « avoir un minimum de connaissances si on veut investir par soi-même ».
L’étudiant en droit souligne toutefois ne plus emprunter à la banque pour investir à la bourse comme il le faisait plus jeune. « Quand j’ai commencé à investir, je l’ai fait avec de l’argent emprunté », avoue-t-il. Quant à Mathieu, il admet avoir investi des prêts étudiants dans des placements qu’il dit être conservateur. « Les intérêts des placements m’ont permis de payer mes frais de scolarité, sans avoir à utiliser l’argent du prêt », affirme-t-il, en précisant qu’il a réalisé des centaines de dollars de profits en investissant dans les fonds énergétiques. Il confesse toutefois avoir placé les bourses d’excellence qu’il a remportées dans des investissements à haut risque.
Pour Nicolas, 19 ans, l’idée de prendre de l’argent nécessaire au paiement de ses études et l’investir à la bourse est grotesque. « L’argent que j’investis, je n’en ai pas besoin », prend-il soin de souligner.
D’après Steven Ambler, tout le monde est en mesure de placer de l’argent à la bourse, même les étudiants. « Pour financer ses études, la plupart des étudiants empruntent. Mais c’est sûr que c’est possible d’investir si quelqu’un a la chance d’avoir un très bon emploi d’été qui lui fournit un revenu qui dépasse ses dépenses. Par contre, pour réduire la variance et le risque, c’est peut-être souhaitable d’investir à la bourse à plus long terme. »
D’après Mathieu, l’investissement boursier est à la portée de tous. « C’est comme commencer à jouer au poker, ça va prendre un ou deux ans d’entraînement pour bien comprendre tous les calculs et, éventuellement, tu vas faire de l’argent .» Il admet toutefois que le risque est bien réel. « Tu peux perdre énormément, mais tu peux aussi gagner », souligne-t-il. Un risque dont se dit conscient Nicolas, même s’il évoque que « la bourse au fond, c’est un peu comme un jeu ».
Louis-Samuel Perron est étudiant(e) en journalisme à l'UQAM
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